Et si l’inobservance était normale

Et si l’inobservance était normale

21 juin 2016 - 12 h 44 min
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Lors du 4 ° carrefour de l’observance organisé par la société Observia et en partenariat avec Nile, le thème de l’observance a été traité sous deux aspects, celui de l’alliance thérapeutique et celui de la démocratie en santé.

Lors de ce colloque, l’intervention du sociologue Frederik Mispelblom Beyer sonne le glas de la croyance que l’observance est naturelle. L’expert affirme bien au contraire que c’est bien l’inobservance qui est le mode principal de relation entre le patient et son traitement.

La prise régulière d’un traitement est une construction dans laquelle le patient est un acteur majeur. L’adhésion a un traitement se joue primitivement dans la relation qui s’établit avec le thérapeute. Elle est aussi la conséquence de la représentation que se fait le patient de sa maladie et de la conclusion qu’il tire du rapport entre avantages et inconvénients des soins. Évidemment lorsque le patient n’a plus de choix face à la réalité du risque mortel, le médecin devient le sauveur et les traitements mêmes désagréables sont acceptés. En revanche lorsque la mort s’éloigne et qu’il faut prendre des médicaments pour prévenir un risque, l’inobservance survient, car le traitement est de plus en plus vécu comme une contrainte, comme un empêchement de vivre comme avant, c’est-à-dire d’oublier que l’on est malade.

Comprendre est la clé de l’adhésion

La maladie n’est pas l’absence de santé. Un asthmatique même s’il n’est pas bien contrôlé peut se sentir en bonne santé et ne pas prendre son traitement. Les notions de santé et de maladie sont des représentations sociales tant qu’elles n’entraînent pas de conséquences graves ou d’incapacités. Pour un malade comprendre sa maladie se caractérise par une prise en compte temporelle d’un risque. Le malade naïf ne sait pas de quoi il souffre, c’est la société médicale qui donne un nom à ses symptômes et cela quelquefois après un cheminement long et difficile. Le rapport à la maladie est donc dans un premier temps distancié. Le malade assiste à sa maladie. On lui parle d’organes, d’images, d’analyses…

La maladie ennemie ou amie ou la tentation de l’oubli

Les malades souffrant de pathologie chronique établissent une relation personnelle avec leurs pathologies qui s’organise autour d’une histoire de refus — acceptation de ce qui est soi. Le corps n’est plus l’instrument de nos volontés et de nos exigences. Il émet avec le temps des limites de plus en plus fortes, et oblige à des changements de vie. Ces dernières seront d’autant plus crédibles pour le patient que les symptômes seront patents.

Si la maladie n’est pas reconnue ou comprise. La crise peut être considérée comme un accident sans lendemain, et les signes d’alertes sous-estimés. Il est aussi possible que la maladie soit considérée avec fierté comme un moyen de se différencier voire de se faire plaindre ou d’adhérer à une situation victimaire.

Médecine et volonté de normalisation

La tentation du médecin ou de tout soignant est de croire qu’il sait ce qui est «?bon?» pour son malade. Or la question est bien de savoir de qui du médecin ou de son patient sait ce qui est «?bon?». Il est aussi important de déterminer ce qu’est ce «?bon?». La croyance du soignant quant à son autorité sur son patient est de plus en plus illusoire. Le malade aura au mieux tendance à vouloir faire plaisir au soignant, c’est-à-dire à ne pas vouloir lui faire de la peine en lui parlant de sa traduction ou de l’adaptation au quotidien de la prescription qui lui a été faite. La lassitude ou l’échappement à une consigne normative fait aussi parti d’un processus d’émancipation nécessaire à l’acceptation du traitement. Pourquoi l’adhésion au traitement serait-elle un processus linéaire??

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