Médicament à porter de main ?

Médicament à porter de main ?

31 janvier 2016 - 17 h 21 min
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La campagne de notre ordre affirme que le médicament n’est pas un produit comme les autres. Qui pourrait dire le contraire?? Encore faut-il que chacun en tire les conséquences et agisse avec détermination pour sécuriser l’accès au médicament.

Revenir sur les fondamentaux de la sécurisation

Il est évident que la connaissance des risques qu’encoure une personne plus ou moins fragile lors de la prise d’un médicament est un préalable à cette sécurisation. Comme il est nécessaire de savoir le mode d’action des médicaments et les limites d’une utilisation sûre et efficace.

Il semble que tous nos confrères n’aient pas cette exigence. Que peut-on dire des pharmaciens qui présentent les médicaments de libre accès sur des gondoles de supermarché sans aucune information hors le prix et à distance de tout conseil?? Que peut-on dire de cette vasque remplie à raz bord d’un médicament contre le rhume contenant de la pseudoéphédrine mis à disposition des clients alors que celui-ci ne fait pas partie à raison des médicaments de libre accès?? Que peut-on dire des ventes de plusieurs unités d’un même antalgique ou de traitement antidiarrhéique ou encore d’un antihistaminique à visée hypnotique??

On est en droit de se demander si ces pharmaciens eux-mêmes sont conscients que le médicament n’est pas un produit comme les autres. Ont-ils simplement conscience de leurs responsabilités??

Le rapport bénéfice risque et le médicament conseil

Il y a une grande différence entre mourir ou se retrouver à l’hôpital, alors que l’on est en bonne santé ou simplement lorsque l’on souffre d’une pathologie courante ou chronique parce que l’on a voulu se déboucher le nez et?; mourir des effets indésirables d’un médicament majeur qui a prolongé votre durée de vie lors d’un cancer.

Nos autorités de santé s’appuient sur la pharmacovigilance pour établir des règles de délivrance. La faiblesse des bénéfices rend un risque grave même très rare inacceptable, car évitable. Est-il concevable que des pharmaciens aient oublié que le risque iatrogène existe, quel que soit le médicament??

Il est évident que le rapport bénéfice – risque ne recouvre pas les mêmes acceptations pour tous les pharmaciens.

Si conseiller n’était pas avant tout orienter

Les formations à la médication officinale reviennent avec force sur les notions de questions ouvertes — questions fermées. Bien que particulièrement éculées, ces vieilles techniques de ventes ne servent en aucun cas à identifier un risque, mais bien plus à déterminer l’importance des attentes formulées et non formulées d’un client. Comme si aucun client ne courait de risque à la prise d’un médicament-conseil. L’identification d’un facteur de risque fait-elle partie du corpus de la formation?? Si cela n’était pas le cas, on pourrait en conclure que le médicament est un produit comme les autres, puisque sans danger.

La recherche des facteurs de risque est le moyen de sécuriser une délivrance. Elle a pour corolaire le fait d’accepter de ne rien vendre en conseillant si nécessaire la consultation, en répondant ainsi au principe fondamental de ne pas nuire. Un pharmacien est le seul commerçant dont la déontologie impose de ne pas vendre si le patient courre un risque pour sa santé. Il est dès lors évident qu’un officinal doit constamment se préoccuper de l’acceptabilité du risque ou des risques potentiels qu’il fait courir à son client ou patient. Attention au jour où le patient ou le client de l’officine définira par lui même le rapport bénéfice – risque du médicament parce qu’informé plus efficacement par l’application nichée dans son smart phone.

Faire perdre du temps

Il est toujours difficile de combattre le déni, d’autant plus lorsqu’il s’agit du déni de la maladie. Il est tentant de vouloir soulager et rassurer, mais encore faut-il pouvoir estimer la conséquence de ses actes.

Le temps joue contre un patient atteint d’une pathologie grave, dont le seul élément d’identification est un symptôme relativement fréquent, mais qui dans son cas est rémanent. Faciliter la croyance qu’une fois le symptôme soulagé la pathologie n’existe plus est évidemment inacceptable. Comme s’il suffisait de couper le signal d’alerte pour que le danger s’évanouisse.

Le courage professionnel est souvent d’affirmer une réalité et de s’y tenir.

Pourquoi des recommandations

L’établissement d’une recommandation nécessite un travail bibliographique le plus exhaustif possible afin de lutter contre des croyances professionnelles sans fondement validées. Elle se construit à partir d’un argumentaire de ce qui a conduit à la définition d’un consensus d’expert.

Ce travail demande méthode et rigueur pour qu’il puisse être considéré comme une référence. Celle-ci devant être régulièrement remise en cause à la lumière des acquis de la science.

Le CVAO propose depuis bientôt dix ans ses recommandations et une méthode de travail. Les unes et les autres affirment la nécessité d’éviter tout acte iatrogène en orientant le client de l’officine vers une solution sécurisée ou sécurisante. Notre crédo est : agir pour et au bénéfice du patient.

À prendre en compte

Selon les résultats de l'étude de pharmacovigilance conduite par l'ANSM rendu officiel en 2008. Le nombres d'accidents remontés par la pharmacovigilance pour les médicaments utilise?s par voie orale (e?phe?drine, pseudo-e?phe?drine, phe?nyle?phrine) ou nasale (naphazoline, oxyme?tazoline, tymazoline, e?phe?drine, phe?nyle?phrine, tuaminoheptane) : "(...) a permis d'identifier 296 effets inde?sirables cardiovasculaires chez 206 patients sur une pe?riode de 20 ans et d'identifier 47 effets inde?sirables neurologiques centraux chez 46 patients entre juillet 2001 et juillet 2007 impliquant un agent vasoconstricteur (VC) utilise? comme de?congestionnant de la sphe?re ORL."

Il est dès lors nécessaire de vérifier avant de délivrer un décongestionnant oral que la personne ne souffre pas d'une pathologie cardiovasculaire ou de facteurs de risque susceptibles de favoriser la survenue d'accident vasculaire ce?re?bral. Il est aussi important de s'assurer que le patient n'utilise pas de façon concomitante un décongestionnant par voie orale et nasale et de déconseiller formellement un usage répétitif et/ou régulier de l'un et de l'autre ou a fortiori des deux formes.

 

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