Opinion et bilan de médication

Opinion et bilan de médication

28 juillet 2017 - 11 h 43 min
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La nouvelle convention ouvre le droit à remboursement des bilans de médications, mais le flou reste important quant au contenu de ce bilan. Qui selon toute vraisemblance se limitera aux seuls médicaments prescrits. Outre le fait que la réalité thérapeutique ne peut se confondre à la seule prise des médicaments prescrits et doit s’ouvrir à toutes les médications c’est-à-dire tout ce que fait ou prend le patient pour sa santé. Il est aussi essentiel que ce travail patient-pharmacien puisse aboutir à des résultats opérationnels utiles.

Un bilan et après ?

Il est question de l’établissement d’un plan de prise et de son suivi, mais la convention ne dit mot de la suite des entretiens que pourrait être l’établissement d’un plan pharmaceutique ; ouverture vers une action positive du pharmacien vers une amélioration des habitudes de vie et de prise des médications par le patient.

Il y a plus une dizaine d’années l’Ordre avait imposé l’idée de l’opinion pharmaceutique. Celle-ci n’avait pas eu le succès escompté. La mise en place des bilans de médications ne serait-elle pas l’occasion de réinscrire cette belle idée dans ce processus, comme la version anglaise du bilan de médication nous en montre le chemin ?

Pharmacien spécialiste du médicament ?

Collectivement, nous répétons que nous sommes les spécialistes du médicament comme nos études nous y autorisent. Pourtant trop souvent, le médecin reste le maître de la délivrance. Si nous voulons conjointement combattre efficacement la iatrogénie (« Trouble ou maladie causée par un acte médical [diagnostique ou thérapeutique] ou par l’administration d’un médicament [iatrogénie médicamenteuse]. Définition du dictionnaire de l’Académie de la pharmacie), il est essentiel que le pharmacien puisse travailler avec les médecins à l’origine même de celle-ci c’est-à-dire dès la prescription ou plus certainement les prescriptions. La mise en œuvre d’un plan de prise peut être considérée comme un bon début et le support d’échange fructueux, si tout du moins il ne se limite pas au « recopiage » des ordonnances sous une forme potentiellement plus lisible. Le plan de prise doit être avant tout le rassemblement de toutes les médications (prescrites ou non) et doit refléter le plus exactement possible la réalité de la prise du patient. Bien évidemment, il se devra d’être sécurisé pour éviter tous mésusages et adapté avec le patient pour être en relation avec ses habitudes de vie.

Ce support ainsi construit, ne serait-il pas pour le pharmacien le moyen d’émettre un avis documenté sur le traitement ; aussi bien vis-à-vis du patient en lui déconseillant certaines consommations ; que du médecin, en lui proposant par exemple des améliorations de formes galéniques plus conformes à une opération de broyage ? En un mot, le bilan de médication constituerait le moyen opportun de faire renaître l’opinion pharmaceutique.

Contrairement à ce que disent ou revendiquent les défenseurs obtus d’un médecin omnipotent. Beaucoup de médecins seraient prêts à encourager une action de ce type. Déjà, en Suisse des réunions de concertation existent et permettent aux médecins de prendre un recul utile quant à leurs prescriptions.

Médicaments et personnes âgées

Il semble aujourd’hui évident que la prescription des personnes âgées a des spécificités liées à l’évolution de leurs incapacités ou handicaps, aux risques de mésusages, à la réalité de leur physiologie… et à leurs attentes et envies.

Trop longtemps, une personne âgée prenait des médicaments selon les mêmes dosages et posologies qu’une personne plus jeune alors qu’elle subissait une insuffisance rénale physiologique.

Dans un précédent article, nous nous demandions si un patient âgé devait être traité pour combattre un risque à long terme, alors même que les complications que le traitement devait limiter s’étaient constituées une vingtaine d’années plutôt.

Le paradigme d’une médecine standardisée identique face à un risque perd du sens dès qu’il est mis en relation avec l’espérance de vie, comme l’a brillamment mis en exergue la recommandation de la HAS concernant le traitement du diabète de type II. Il est temps de transformer le rapport bénéfice-risque en utilité-qualité de vie. La littérature nous propose déjà de réfléchir à l’arrêt des statines à partir d’un certain âge pour des patients âgées à risque moindre. L’interruption de beaucoup d’autres médicaments pourrait être ainsi envisagée à la lumière du critère de la qualité de vie, selon la règle : moins de médicaments et plus de mesures hygiénodiététiques.

Le pharmacien face à la décroissance

Le raccourcissement des ordonnances et la baisse des prix et des volumes délivrés sont des faits. Si nous partons du principe de plus en plus vraisemblable que l’efficacité et/ou la rapidité de l’exécution d’une ordonnance ne sera plus un des critères de choix des pharmacies pour la majorité des patients. Le pharmacien redeviendra un interlocuteur visible parce qu’attentif à l’utilisation que fait son patient de son traitement.

La proposition d’un acte utile n’est pas chose aisée, lorsque l’on a si longtemps était habitué au confort relatif d’une délivrance sécurisée, et que l’acteur prépondérant du traitement était aux yeux d’une majorité de patients le médecin.

L’optimisation des traitements au bénéfice de la santé des patients se construira sur la prise de médicaments efficaces et la mise en œuvre de mesures d’hygiène de vie ; l’une ne pouvant se concevoir sans l’autre. Un manque d’humilité pourrait nous faire oublier que : « savoir n’est pas vouloir et que vouloir n’est pas pouvoir » et c’est en cela que l’acte pharmaceutique peut se métamorphoser. Le pharmacien en accompagnant l’évolution de l’utilisation des médications et le changement vers une meilleure hygiène de vie deviendra l’acteur d’une efficience à très forte valeur ajoutée synonyme de visibilité pour les autres acteurs de santé et pour les payeurs.

Le présupposé pour que cette révolution des pensées soit effective, est l’absolue nécessité de connaître avant toutes choses ce que sait, pense et fait le patient.

 

 

 

 

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