Le CVAO et la convention 2017

Le CVAO et la convention 2017

9 octobre 2017 - 11 h 40 min
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« Sans liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur », a écrit Beaumarchais. Le CVAO n’a pas vocation à discuter les orientations d’un syndicat. Les réalités de l’économie de l’officine font qu’il se doit pourtant de prendre en compte la rentabilité des actions qu’il propose. C’est ainsi que le cadre de la convention fait partie de nos préoccupations.

Des interrogations utiles

Cette liberté nous entendons la prendre pour proposer une lecture que nous souhaitons équilibrée d’un avenant conventionnel qui oppose aujourd’hui les deux syndicats représentatifs. Le rapport de la Cours des comptes a son rôle dans ce débat. Il ne serait à notre avis pas raisonnable de n’en faire aucun cas. Il aura en effet un impact sur des décisions du PLFSS de 2019.

Si nous considérons les points stratégiques d’avenir de la profession. Nous en distinguons trois majeurs : - la prise en charge des pathologies chroniques ; - l’affirmation par le pharmacien de son rôle de créateur d’informations à destination des autres acteurs de santé ; - et une implication majeure dans les nouvelles thérapeutiques.

Les nouvelles thérapeutiques et la convention

Il est raisonnable de penser que le pharmacien ne peut pas investir sans assurance. L’avenant 11 de la convention permet-il de le rassurer et de le convaincre d’investir du temps dans la création d’une nouvelle valeur ajoutée dans ce domaine complexe et fluctuant qu’est le médicament innovant ? Deux chiffres suffisent à démontrer malheureusement le contraire. En 2019 la MDL (marge dégressive lissée) sera capée c’est-à-dire sera nulle lorsque le prix du médicament dépassera 1500 euros. La marge pour tous ces médicaments est d'un peu moins de 100 euros en 2017 et ne sera que de l'ordre de 75 à 80 euros en 2020. Cette baisse ne pourra en aucun cas être compensée par l’honoraire des médicaments spécifiques de 3,57 euros en 2020. Cette diminution est un message particulièrement péjoratif à un investissement supplémentaire des pharmaciens à l’accompagnement des médicaments innovants. Faut-il comprendre que le pharmacien ne sera dans un avenir proche que le dispensateur des médicaments génériques et peu innovants ? Alors, même que la démonstration de sa valeur ajoutée se fera en grande partie sur le terrain de la technicité des nouveaux médicaments.

Qu’en est-il des biosimilaires ?

Le syndicat signataire affirme le trait alors que nous voyons que des pointillés. La place du pharmacien comme dispensateur actif des biosimilaires n’est pas affirmée. Elle n’est que suggérée dans l’article 22 de la convention : « Les parties signataires s’accordent pour promouvoir par des mesures conventionnelles adaptées, le développement des médicaments biosimilaires, dès lors que les dispositions réglementaires relatives aux conditions des médicaments biologiques, seront arrêtées. »

La prescription des biosimilaires par les médecins de ville est quasi nulle. Il est aujourd’hui certain que les volumes à délivrer par le pharmacien ne permettront pas des remises sur les achats à quelques exceptions près. Il est dès aujourd’hui nécessaire d’imaginer une incitation à l’interchangeabilité. Celle-ci ne pourra être envisageable que dans le cadre de l’inter professionnalité c’est-à-dire d’un accompagnement conjoint des patients par les médecins prescripteurs et les pharmaciens dispensateurs. Il serait temps d’en proposer des esquisses afin d’être prêt à répondre qualitativement à la demande d’économies des pouvoirs publics et des payeurs ; sauf à subir des baisses de prix drastiques et unilatérales. De nouveau faut-il penser que le pharmacien ne sera le dispensateur que des médicaments anciens et génériqués ?

Vers un pharmacien accompagnant

Le vieillissement de la population nous impose d’accompagner l’accroissement inévitable des pathologies chroniques et de la complexité inhérente à la fragilité des patients. La rémunération des bilans de médications est une première étape que nous nous devons de saluer. Nous concourons au succès de cette entreprise et cela pour deux raisons.

L’information est aujourd’hui partout et n’est plus l’enjeu majeur de la relation patient. Le pharmacien et son équipe doivent changer de logiciel, s’ils veulent aborder efficacement les problématiques de leurs patients. La valeur ajoutée de leur action se traduira demain dans leur effort à rendre visible un service d’accompagnement c’est-à-dire la prise en compte et la résolution consensuelle des difficultés du patient à bien utiliser son traitement et à mettre en œuvre les mesures hygiénodiététiques indispensables à son efficacité. C’est pour cela que le pharmacien se doit de comprendre ce que sait, pense et fait le patient. C’est donc en partant de ces constatations qu'il pourra coconstruire une relation pérenne et efficiente avec son patient.

La crise du Levothyrox est à considérer comme un événement majeur. Elle démontre la prise de pouvoir de plus en plus évidente des patients sur les politiques de santé et leurs acteurs. La remise en cause des institutions de santé et bientôt de tous les professionnels sera la réalité de demain. Nous devrons collectivement démontrer et argumenter la qualité des soins que nous proposons. Le temps du patient consentant semble révolu. La compréhension des comportements sera certainement notre quitus pour améliorer l’adhésion au traitement.

 

Vers une posture éducative

Le CVAO considère que le bilan de médications sera efficace s’il apporte au patient un service évident et cela dès le premier entretien. Nous pensons que c’est en partant sans jugement de l’utilisation qu’il a de l’ensemble de ses traitements que nous réussirons cette nouvelle mission. Dans ce cas, le pharmacien a pour charge grâce à une écoute active de détecter les risques immédiats (ouverture ou broyage inadéquats, voire dangereux, des médicaments, impossibilités d’utilisation, interactions médicamenteuses majeures, comportement addictif, intolérance…) ou d’accepter les changements sans conséquence péjorative de la prise des médicaments. Il est évident que la mise en évidence de risque à court terme déclenchera une demande de consultation. Cette étape de connaissance puis de sécurisation nous semble essentielle. Elle est à la fois utile à la création d’une relation de confiance entre le patient et son pharmacien et à la bonne utilisation des médicaments.

Vers la création d’un plan de prise consensuelle

L’analyse des traitements par le pharmacien est la deuxième étape du bilan de médications. Elle détecte les améliorations possibles du traitement sans s’arrêter aux seules constatations pharmacologiques en y intégrant les attentes et besoins du patient (adaptation des dispositifs, des moments de prise…). L’information d’une sur ou sous consommation comme le manque d’adhésion à un traitement sera d’autant plus efficace si elle est assortie de solution et argumentée. La proposition d’un plan de prise apparaît comme le support le plus adéquate à une prise de décision conjointe entre le prescripteur et le dispensateur puis entre le patient et son pharmacien. C’est sur ce support devenu consensuel que l’amélioration des traitements deviendra efficiente. La présentation au patient de son plan de prise fera l’objet tangible de l’entretien-conseil.

 

 

 

 

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