Drogues : l’âge ne fait-il rien à l’affaire ?

Drogues : l’âge ne fait-il rien à l’affaire ?

6 août 2018 - 16 h 01 min
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Il est difficile de connaître aujourd’hui l’impact chez les personnes de plus de 65 ans de l’usage de drogue à l’exception de celles de l’alcool et du tabac. Comme si cette question était tabou.

Nous venons de vivre les 50 ans de mai 68. Cette date marque un tournant au moins symbolique dans l’usage de certaines drogues comme le cannabis par exemple ; comme le démontrent la littérature et le cinéma de l’époque. Bien évidemment et avec raison, nous devons nous engager dans une limitation des risques de la prise de drogue chez les adolescents dont la dangerosité est avérée, mais pourquoi ne pas s’intéresser aussi à l’impact de l’usage de la drogue par les enfants de 68 ? 68 n’est alors à considérer que comme une date charnière dans l’évolution de notre société.

Acteur de soins et patients

On peut par exemple s’étonner que dans le cadre de la nouvelle mission des pharmaciens qu’est le bilan partagé de médication (ouvert aux patients fragiles souffrant de pathologie(s) chronique(s) de 65 ans et plus) la grille d’évaluation de la situation de santé fasse une si petite place à l’alcool, ignore le tabagisme ou l’usage d’autres drogues. Loin de vouloir dénigrer cette initiative si nécessaire à l’accompagnement des patients âgés et fragiles, il est tout de même nécessaire d’envisager les mécanismes conscients ou inconscients qui ont concouru à ces oublis afin de déterminer l’impact réel sur les personnes âgées des drogues dans la prise, la iatrogénie et l’efficacité des médicaments.

Vers une vision sans tabou des personnes âgées

Nos ainés selon l’expression politiquement correct ne semblent, pour certains, ne plus avoir d’histoire. À partir d’un certain âge, ils oscillent socialement entre un jeunisme transparent et une désocialisation douce et irréversible. Une fois « vieux », ils sont considérés à tort, mais un peu trop souvent comme des personnes à protéger quelquefois même contre leur gré. On leur dénie le droit d’avoir de l’expérience ou d’être ou d’avoir été transgressif. On oublie qu’ils ont pu faire ou font usage de drogue. On n’imagine même pas, qu’il continue à boire de l’alcool ou de fumer. Alors l’évocation de l’usage de drogue deviendrait-elle inconciliable avec leur statut d’ainé ? Dans ce cas, comment aborder le sujet si même le professionnel est dans le déni ?

Et pourtant

Selon Lejoyeux  Lejoyeux and coll, 2003. « Alcohol dependence among elderly french inpatient » the american Journal of geriatric psychiatry », 11 (3) la dépendance à l’alcool concernerait 20 à 25 % de la population âgée en institution et 18 % des hommes hospitalisés en service de gériatrie. Il est aussi utile de rappeler que : – l ’alcoolémie pour une quantité ingérée définie est supérieure chez la personne âgée et ; – la dépendance à l’alcool peut s’installer après la retraite. Les conséquences de la consommation sont multiples (interactions médicamenteuses, chutes…) et conduisent à des suicides.

Seul le tabagisme des personnes entre 65 et 75 ans est connu. Sa prévalence en 2016 est de 12 % (en baisse légère) chez les hommes et de 8,9 % (en augmentation) chez les femmes selon le baromètre santé de Santé public. Anne passereau et al tabac et e-cigarette en France : niveaux d’usage d’après les premiers résultats du baromètre santé 2016

Et le cannabis ?

Selon le baromètre santé de 2016, la consommation de cannabis ne concernerait que 2 % de la population des plus de 55 ans. Dans le cadre de l’enquête générale de 2016, des questions originales ont porté sur l’évaluation des « expérimentateurs » de cannabis après 64 ans. Celle-ci a conclu à une absence de difficulté des personnes interrogées à répondre aux questions spécifiques contrairement aux préventions des enquêteurs et, que cette tranche d’âge compte 8,1 % d’expérimentateurs (9,0 % parmi les hommes et 7,4 % parmi les femmes) et 0,2 % de consommateurs actuels (parmi les hommes comme parmi les femmes).

La consommation de cannabis interagit avec les médicaments psychoactifs (hypnotiques, anxiolytiques…) en augmentant les risques de perte de vigilance, de chutes… Elle limiterait l’efficacité de la metformine antidiabétique très fréquemment prescrit et des antihypertenseurs. La connaissance d’une consommation régulière pourrait certainement éviter des effets indésirables ou favoriser la compréhension d’un manque d’efficacité thérapeutique.

Les baromètres de consommation des autres drogues ne sont pas renseignés après 64 ans, mais les chiffres disponibles entre 55 et 64 ans sont déjà faibles si on les compare à ceux du cannabis.

L’intervention des médicaments

La iatrogénie médicamenteuse est d’actualité. Elle s’impose comme un péril de santé publique pour les personnes âgées. On imagine facilement les raisons du risque de médicaments comme les AVK. En revanche la surconsommation des benzodiazépines et des antalgiques opiacés ou non recoupe les problématiques complexes des dépendances physiques et psychiques, de la douleur, de la dépression et de l’addiction. Dans ce cas il manque à notre réflexion sur le risque iatrogène l’analyse du comportementaliste spécifique à la personne âgée dépendante ou non.

Alors ?

Bien que la consommation des drogues licites voire illicites, soit plus faible après 65 ans et diminue avec l’âge, elle n’est pas à négliger. Les dépendances à l’alcool par exemple peuvent s’installer et perdurer tardivement et avoir un impact majeur sur l’état de santé des personnes âgées atteintes. La difficulté d’aborder le sujet et les préventions des acteurs de soins à le faire ne doivent pas masquer la réalité du problème et ses conséquences pour le patient ou son entourage.

La consommation actuelle de cannabis des personnes entre 18 et 34 ans doit nous interroger et nous appeler à surveiller ses répercussions dans les 20 années à venir. D’autres questions prospectives méritent des réponses. Quel sera l’avenir thérapeutique des personnes de plus de 50 ans traitées avec un médicament substitution ? Comment peut-on détecter puis traiter les dépendances à l’alcool des patients de plus de 75 ans ? …

 

 

 

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