Guide conventionnel et bilan de médication

Guide conventionnel et bilan de médication

20 janvier 2018 - 0 h 19 min
0 Comments

L’avenant 12 vient d’être signé par les deux syndicats. Il est associé en annexe à un guide et au formulaire de suivi des patients. Son étude impartiale est nécessaire. Pour le CVAO, le bilan de médication est réalisé au profit des patients dans le respect de leurs besoins et attentes. Le CVAO a été force de propositions. A-t-il été entendu ?

Des questions utiles

Toute intervention auprès du patient doit l'être à son profit et à son bénéfice. Il s’agit simplement de déontologie. Le pharmacien se doit de respecter l’intimité du patient s’il veut être accepté comme un interlocuteur. Les questions qu’il est amené à poser doivent avoir un objectif et tendre vers l’efficacité. Il est illusoire, voire naïf, de penser qu’une question suffise à déterminer les spécificités d’une situation. La posture éducative nous apprend que c’est parce qu’il est entendu attentivement et respectueusement que le patient aborde les sujets concernant sa santé en toute sincérité. Il est de la compétence du pharmacien d’en tirer des conclusions puis de vérifier avec le patient la qualité de ces dernières.

Le bilan de médication et ses questionnements est à envisager comme un moyen pour connaître ce que fait, sait, et pense le patient plutôt que d'imaginer ce qu’il est. Il s'agit d' une coproduction entre le pharmacien et son patient.

La relativité des informations

L’âge est par exemple une donnée très relative puisqu’il ne définit pas une situation de santé spécifique. Qui y a-t-il de commun entre la situation de santé d'un patient ayant vécu dans des conditions favorables et celle d’un ouvrier ayant subi les aléas climatiques ; si ce n’est leur âge ?

La consommation de certains aliments n’apporte que peu de renseignements si elle est envisagée a priori. En revanche, elle devient utile lorsqu’un médicament spécifique peut en subir les conséquences métaboliques. Il faudra à cet instant s’intéresser à la réalité de la consommation. Qui y a-t-il de commun entre un patient buvant un jus de pamplemousse épisodiquement et un autre en consommant régulièrement ? Faut-il l’alerter lors de la prise d’une statine ou seulement pour les deux statines à risque (simvastatine, atorvastatine) ? Que savons-nous de l’impact clinique de cette consommation ? Ne faudrait-il pas plus s’alarmer lors d’une augmentation des posologies et de leurs inefficacités à maintenir le taux de LDL dans les valeurs cibles ?

Demandons-nous à chaque question posée si elle l’est dans l’intérêt exclusif du patient. C’est avec ce critère que doivent être examinées les questions du guide conventionnel du bilan de médication.

Sécurité et bilan de médication

Le guide de l’avenant 12 permet-il d’identifier les facteurs de risque des traitements et de leurs usages ? Les questions à poser ont-elles été définis à partir d’éléments abstraits ou de la réalité de ce que fait ou vit le patient ? La sécurisation n’a que peu à voir avec l’abstraction. Elle est la conséquence de la simple observation de ce que fait le patient. Il est plus efficace de lui demander de mimer la pratique de ses médicaments pour envisager utilement ses usages ; que de lui poser à une batterie de questions dont l’intérêt opérationnel et le contenu restent souvent énigmatiques et la rédaction intimidante.

Les facteurs de risque d’un usage inadéquat d’un médicament

Que ferions-nous si nous avions du mal à avaler nos médicaments ? N’aurions pas tendance à vouloir les écraser ou à en ouvrir les gélules et à en mélanger la ou les poudres dans un liquide ou un yaourt ?Comment nous organiserions-nous si nous avions à prendre plus de trois médicaments par jour ? Une douleur ou un trouble anxieux qui ne cède pas, ne nous engagerait-il pas à augmenter la fréquence de prise de l’antalgique ou l'anxyolitique, jusque parfois l’addiction ? Une solution thérapeutique non satisfaisante ne vous engagerait-il pas à abandonner le traitement prescrit et/ou à rechercher voire à adopter une solution parfois hasardeuse ou dangereuse ? Un handicap physique ou cognitif rendant impossible un geste nécessaire à la bonne utilisation d’un médicament serait-il la cause de l’inefficacité du traitement ?

Ces quelques exemples montrent l’utilité d’une étude tournée vers l’observation de ce que fait ou serait susceptible de faire le patient. La croyance qu’une seule question suffise à déterminer un usage inadéquat est aberrante tant le patient voudra consciemment ou inconsciemment cacher ce qu’il envisage peut-être comme une faute.

Les facteurs de risque de l’usage adéquat d’un médicament 

La détection d’un effet indésirable (effet iatrogène à dose adéquate) est évidemment utile, d’autant plus si ces effets peuvent être limités ou encore si une alternative moins risquée peut être envisagée.

L'évaluation de la iatrogènie doit se concentrer sur l’identification d’un risque : - de chute conséquence d’un vertige (hypotension orthostatique, perte de vigilance, faiblesse musculaire…) ; - d’une perte d’appétit (nausée) ; - d’une perte de sels minéraux ou d’une déshydratation (laxatif, diurétique…); - d'hypoglycémie (insulinosécréteurs, insulines...). Le travail du pharmacien est d’identifier le risque d’effets indésirables en fonction du médicament pris et d’en alerter spécifiquement le patient. Notre légitimité tient en notre connaissance des effets du médicament. C’est certainement à partir de cette connaissance pratique du médicament que nous serons utiles au patient. Le médecin établit son diagnostic à partir des symptômes, de son observation et des examens biologiques pour prescrire. Le pharmacien engage un travail inverse en partant du médicament pour en déterminer les effets. Ce travail spécifique nous oblige à envisager les risques :- iatrogène, - d’interaction, -d’effets indésirables, d’intolérance pour chaque médicament et d'en discuter avec le patient afin d’être apte à l’aider en fonction de ses attentes et besoins.

Qualité de vie et bilan de médication

Le guide de l’avenant 12 est-il un moyen de détecter les facteurs de risque liés au mode de vie du patient ?

Les facteurs de risque en relation avec les conditions et habitudes de vie

Il est nécessaire de différencier conditions et habitudes de vie, afin de discerner ce qui est de l’ordre de l’environnement du patient, de ce qui s’attache à ses comportements. La détection des conséquences d’une situation est au moins aussi utile que d’en déterminer les causes. La perte d’autonomie est le premier de ce type de risques. Elle n’est pas en corrélation directe avec le lieu de résidence ou le fait de vivre seul ou en couple. Ces informations sont seulement des indices.

Le pharmacien peut estimer le niveau d’autonomie nécessaire à une prise adéquate du traitement et rechercher avec le patient les solutions nécessaires à son atteinte (pilulier, PDA, rappel…). Si ce niveau minimal d’autonomie est inabordable, le recours à un tiers qui prendra la responsabilité du traitement devient nécessaire. Celui-ci est l’interlocuteur du pharmacien et doit être connu de lui.

Se fonder sur les facteurs de risque cardiovasculaire 

La sédentarité c’est-à-dire la durée quotidienne sans aucune activité physique est un facteur de risque majeur. Son estimation est particulièrement utile à la mise en place de mesures hygiéno-diététiques adaptées (majoration de l’activité physique et limitation des périodes d’inactivité). L’alcool est uniquement à considérer en fonction de sa consommation et de l’importance qu’elle revêt dans la vie du patient. Concernant les autres aliments interagissant potentiellement avec des médicaments, un message d’interdiction est délétère et peu efficace. De nouveau l’estimation de la fréquence, de la quantité consommée et la connaissance précise des seuils d’interaction sont les prérequis du conseil.  La consommation tabagique est un facteur de risque cardiovasculaire majeur et un intervenant central de pathologie comme la bronchite chronique obstructive. Le tabagisme  contrecarre l’effet des thérapeutiques ne serait-ce que par ses effets endothéliaux sur la contraction vasculaire ou le risque thrombotique.

Il est surprenant que la sédentarité ou l’activité physique ou le tabagisme ne soit pas mentionnés dans le questionnaire du formulaire en annexe de l’avenant 12.

Next Post Previous Post

Comments are closed.

La-lettre-du-CVAO-octobre-1
Le CVAO vous propose sa lettre d'information gratuite.

JE M'INSCRIS
recommandations
Le CVAO est une association dont les recommandations sont à la disposition des seuls acteurs de soins et des étudiants des professions de santé.

DEMANDER UN ACCÈS
WE-WANT-YOU
Le CVAO a besoin des expériences de tous les acteurs de soins.

ADHÉRER AU CVAO