Faut-il pratiquer les bilans de médication ?

Faut-il pratiquer les bilans de médication ?

4 février 2018 - 12 h 36 min
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En 2014, les pharmaciens attendaient avec impatience la parution de l’arrêté consacrant la possibilité de pratiquer des entretiens pour les AVK. Nous sommes en 2018 et il n’en est pas de même pour les bilans de médication. Bien que cette « froideur » soit explicable, elle n’en est pas moins inquiétante.

Les raisons d’une inquiétude

Le manque d’intérêt pour les bilans de médications des médias pharmaceutiques interroge, comme le manque de préparation et le retard de la mise en œuvre des formations. Ce retard est d’autant plus préjudiciable, que l’exercice du bilan de médication ne s’improvise pas. De nombreuses chausse-trappes doivent être évitées et des croyances combattues.

L’enjeu des bilans de médication est réel, si l’on en croit les prises de parole du directeur général de la Cnam et de la ministre. Ils ne comprendraient pas le hiatus entre les assurances des syndicats et de l’Ordre quant à la mise en place d’une nouvelle pratique de l’acte officinal tournée vers la qualité et l’accompagnement du patient et la triste réalité d’une pharmacie de plus en plus distributrice incapable de se mobiliser pour une action ambitieuse.

Nous savons tous que nous pouvons compter sur des confrères vigilants et proactifs croyant en la construction d’un nouveau métier, mais seront-ils suffisamment nombreux pour relever le défi de représenter une profession?? Il est temps de montrer que la majorité peut aussi relever le défi de l’ambition?; non par des intentions, mais aussi par des actes. Pour paraphraser cette citation de Pierre Reverdy trop souvent approprié à Jean Cocteau : « Il n’y a pas de compétence, il n’y a que des preuves de compétence. » Nous avons su nous mobiliser pour la vaccination, pourquoi ne le ferions-nous pas pour le bilan de médication??

Refuser par méconnaissance

Pour apparaître aux yeux des pharmaciens dans sa vérité, le bilan de médication doit combattre des a priori et des préjugés.

Croire par exemple qu’il a pour but de diminuer le nombre de médicaments prescrits, présuppose que son objet n’est qu’économique et que les pharmaciens n’ont d’autres ambitions que d’améliorer le flux physique du médicament sans se préoccuper de la sécurisation incontournable de leur dispensation.

Imaginer que seule la surconsommation est à prendre en compte est inadéquat. Trop de patients hypertendus ne bénéficient pas à temps d’une trithérapie pourtant nécessaire. Trop de patients souffrant d’une dépression abandonnent et ne renouvellent pas leur traitement antidépresseur alors qu’ils continuent les anxiolytiques et hypnotiques. Mettre l’accent sur la seule surconsommation est de l’ordre du slogan et ne favorise que la culpabilisation de patients souvent addicts à une prescription de facilité. La surconsommation peut être effective pour des médicaments symptomatiques, elle l’est infiniment moins pour les médicaments traitants les pathologies chroniques. S’attacher à ne pas reconnaître les incohérences potentielles d’une ordonnance, signe un enfermement dans une pratique dangereuse et sans avenir.

L’objet du bilan de médication est de rassembler toutes les médications c’est-à-dire tout ce que prend le patient pour sa santé et d’en établir puis d’en améliorer le bon usage. Il faut savoir passer de la consommation à l’utilisation. Le patient devient alors l’interlocuteur du pharmacien, car la compréhension d’un traitement est un processus long qui mérite l’accompagnement d’un professionnel. C’est en cela que réside la grandeur du bilan de médication.

S’ouvrir à la coproduction

Le patient a une expertise incontournable de sa maladie puisqu’il la vit. La prise d’un médicament n’est pas un acte neutre et sans signification. L’oubli conscient ou inconscient d’un médicament affirme une incompréhension de son intérêt à moyen terme. Entendre la difficulté du patient (ce qu’il fait) à prendre certains de ses médicaments est une nécessité, si l’on veut s’attacher à améliorer son adhésion. Le manque d’adhésion n’est pas un tout monomorphe, il dépend de la représentation (ce qu’il sait ou pense) de l’efficacité, de l’utilité, que se fait le patient de chacun de ses traitements, mais aussi des avantages et des inconvénients qu’il en perçoit. Un patient sait que son anxiolytique agit négativement sur sa mémoire, mais pense qu’il est indispensable à son sommeil ou nécessaire au soulagement de ses angoisses. Un autre imagine que la prise de son antihypertenseur est la cause de ses défauts érectiles alors que c’est bien son hypertension qui en est la cause.

Le bilan de médication est l’outil d’une connaissance de ce que fait, sait et pense le patient de ses traitements. Il permet de différencier les traitements en fonction de leurs utilisations réelles et de leurs niveaux d’adhésion.

Rendre service

Laisser le patient face à ses traitements est antinomique avec la déontologie pharmaceutique. C’est bien ce qui différencie la délivrance de la dispensation. Prendre le temps nécessaire pour aider le patient à améliorer l’utilisation de ses médications est nécessaire. Le sentiment que la pharmacie est de plus en plus un commerce s’accroit dans le grand public. Les études d’opinion ne nous bercent-elles pas d’illusions en confondant souhait et ressenti??

La France vieillit et les patients ont besoin d’un accompagnement. S’ils ne le trouvent pas en pharmacie, ils iront le chercher ailleurs, et une fois les habitudes prises il sera pratiquement impossible de revenir en arrière.

Le bilan de médication est une opportunité. Ce que nous en ferons désignera ce que nous sommes. Espérons que nous ne décevrons pas?!

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