Une enquête et des pharmaciens

Une enquête et des pharmaciens

4 avril 2018 - 12 h 35 min
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L’enquête sur la qualité de dispensation du paracétamol fait froncer les sourcils de nos confrères. Ont-ils raisons ? Loin de vouloir compter les points, voyons ce que cette enquête nous dit de la réalité de sa méthodologie, de ces enquêteurs et de leurs analyses, mais aussi de la dispensation du paracétamol à l’officine.

La méthodologie de l’enquête

Une étude observationnelle scientifiquement menée se fonde sur une hypothèse dont on cherche à déterminer le vrai. Dans son descriptif l’étude doit définir les conditions qui mèneront après analyse et discussions à une conclusion.

Si le critère primaire de cette enquête est l’existence d’un rappel de la posologie maximale du paracétamol. Il est alors flou et peu argumenté. Il y a confusion entre dose maximale conseillée (3 grammes) et dose maximale acceptable en cas de douleur intense (4 grammes), l’une ou l’autre ne posant en pratique aucun risque d’intoxication puisque la dose maximale sous prescription peut atteindre 6 grammes par jour. La délivrance d’une seule boîte de paracétamol ne peut occasionner que la prise de 8 grammes voire de 16 grammes si l’on ajoute le médicament contre le rhume. Dans ce cas effectivement la dose d’intoxication létale est dépassée, encore faudrait-il que la personne avale les 24 à 32 comprimés en une seule fois.

Si par contre le critère primaire est la dispensation d’un conseil suite à la demande pour un rhume de deux médicaments ayant tous les deux du paracétamol dans leur composition, il apparait plus clair.

La qualité des officines visitées n’est pas à notre connaissance documenté, c’est-à-dire que la typologie des officines, ni leur localisation … ne permet de définir en l’état la représentativité de l’échantillon. Il n’est pas exact de considérer que la réponse donnée par un membre de l’équipe officinale d’une pharmacie représente sa pharmacie.

D’autres biais méthodologique peuvent être mise en avant comme par exemple le choix des officines visitées (une étude demande un tirage au sort). Cette enquête ne peut être en l’état de nos connaissances considéré comme scientifique et ses résultats représentatif de toute une profession.

Les résultats et les conclusions de l’enquête

En dehors de nos préventions quant à la méthodologie de cette enquête, il apparaît que les 14 % des 772 pharmacies visitées n’ont donné aucune information ou alerter leur client sur un risque de surdosage sont évidemment fautives vis-à-vis du code de santé publique. Celui-ci oblige à un conseil ; cela quel que soit les médicaments délivrés et plus particulièrement pour les médicaments conseils. Plus spécifiquement, il ne s’agit pas de 108 pharmacies, mais de la réponse de 108 membres de pharmacies.

La caméra cachée visible sur le site UFC que choisir montre une officinale totalement passive dans son action de délivrance et cela n’est pas acceptable. Ce comportement même s’il est exceptionnel entame la crédibilité de toute une profession.

La critique de UFC que choisir des officinaux informant d’une posologie maximale supérieure à 3 grammes, apparaît plus faible car il s’agit d’une appréciation, bien que l’enquêteur fasse mention que son achat est pour un rhume.

L’atout de la pharmacie de ville est sa proximité. Une proximité à la fois géographique mais aussi des préoccupations, des besoins et des attentes des clients et des patients de l’officine. Dans ce cas rien n’est plus destructeur que la passivité de certains confrères et la démonstration de l’inintérêt qu’ils portent à leurs clients ou patients. Il est à espérer que cela n’est qu’accidentel.

Quelles conclusions peut-on en tirer ?

« L’erreur est humaine ; la persistance est diabolique ! » La nécessité pour certaines pharmacies d’inaugurer dès maintenant une démarche qualité est indéniable. Le conseil officinal est ce qui apparaît au client – patient et ce qui fonde la confiance qu’il entretien avec l’équipe officinale. Le pharmacien doit s’astreindre à ne rien banaliser et à ne pas croire que son client sait apriori.

L’intérêt médiatique de cette enquête est de rappeler que le paracétamol est un médicament dont la prise n’est pas sans risque. En revanche, les conclusions de UFC que choisir promouvant l’ouverture de la vente des médicaments conseils aux grandes surfaces interroge. Peut-on à la fois demander légitiment un accroissement de l’accompagnement des clients et majorer le risque en augmentant le nombre d’exécutants ? L’association oublie dans sa démonstration que le pharmacien est responsable de ses actes vis-à-vis de ses pairs par l’intermédiaire de l’ordre et de la justice comme tout autre justiciable.

 

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