La cigarette électronique, le fumeur et le pharmacien

La cigarette électronique, le fumeur et le pharmacien

25 février 2017 - 12 h 18 min
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Alors que des études démontrent l’utilité de l’e-cigarette pour limiter les risques et faciliter l’arrêt du tabac, les pharmaciens se trouvent en dehors du jeu.

Que dit la législation 

Tant qu’elle n’est pas présentée comme un moyen de sevrage tabagique et que la concentration de son e-liquide ne dépasse pas 10 mg/ml (soit l’équivalent du taux de nicotine d’une dizaine à une vingtaine de cigarettes) de nicotine l’e-cigarette peut-être vendue partout sauf en pharmacie. Une pharmacie ne peut en effet commercialiser que ce qui apparaît sur la liste définie.

Aujourd’hui, seule une e-cigarette ayant obtenu une AMM pourrait être vendue en pharmacie. Aujourd’hui si l’on en croit le site Santé publique France regroupant l’Inpes, l’InVS et l’Eprus aucun fabricant n’a déposé de demande d’AMM. Le pharmacien peut conseiller aujourd’hui des patchs, des gommes ou des inhalateurs à la nicotine. Les études à disposition sur l’efficacité des moyens du sevrage tabagique bien qu’hétérogène conclu à un léger avantage de l’e-cigarette sans que celui-ci soit totalement probant.

Vapoter ou « combuster » faut-il choisir ?

Il y a autant de différence entre le vapotage et la combustion d’une cigarette qu’entre la cuisine à la vapeur et le barbecue. La fumée de cigarette est le résultat d’une combustion (température du foyer incandescent de la cigarette 600 °C) qui transforme et dégrade en autre des substances dites aromatiques en substances potentiellement agressives, voire cancérigènes comme des goudrons. A contrario, la vapeur émise par une e-cigarette à bonne température n’entraîne pas de dégradation des substances quelle contient. L’objet de l’e-cigarette est de porter à ébullition le propylène glycol c’est-à-dire de mettre en contact le liquide avec une résistance porté à 188 °C (température d’ébullition du propylène glycol). Le risque de combustion des substances de e-liquide et leurs détériorations en agent potentiellement dangereux comme l’acroléine ne sont possibles que lorsque les températures sont supérieures à 200 °C. Ces températures ne sont atteintes lorsque la résistance est au contact du liquide. Seuls un usage inapproprié (appui trop long et fréquent par exemple) ou un matériel inadapté ou encrassé peuvent créer les conditions d’une combustion des composés du liquide, c’est-à-dire un contact entre la résistance et l’air en absence de toute phase liquide. Une vapeur devenant âcre doit alerter l’utilisateur et l’engager à s’assurer du bon usage ou de la qualité de son e-cigarette.

Établir sereinement le rapport bénéfices-risques

L’e-cigarette en 2016 ne peut plus être considérée comme un effet de mode. Un grand nombre de fumeurs ont trouvé une solution qui leur convient. Évidemment, leurs attentes sont diverses et ne rentrent pas dans les cases préétablies de la pensée médicale. Si les consommateurs continuent à vapoter, c’est qu’ils s’y retrouvent et cela quelles que soient leurs raisons (coût, limitation des risques, être à la mode…). Dans tous les cas, un fait est avéré l’e-cigarette est moins dangereuse que la cigarette. Il n’a finalement fallu que 3 ans pour que la communauté scientifique admette cette évidence.

Une dernière étude parue dans Annals of Internal Medicine montre que les taux de nicotine retrouvés dans les urines sont identiques quel que soit le mode d’«administration » cigarette, substituts nicotiniques, ou e-cigarette. En revanche, les taux de substances carcinogènes ou toxines sont beaucoup plus importants pour les fumeurs. Les auteurs concluent à un potentiel toxique faible sans commune mesure avec celui de la cigarette et à son équivalence entre celui l’e-cigarettes et ceux des substituts nicotiniques.

Certaines études semblent vouloir démontrer que le vapotage est la première marche vers un usage du tabac. Bien que paru dans des journaux reconnus la qualité scientifique de ces études peut être remise en question surtout si l’on se réfère au faible nombre des personnes étudiées.

Après avoir été très majoritairement pour le moins rétive à l’usage de l’e-cigarette les institutions françaises se montrent plus conciliantes. Dans son dernier avis (février 2016) sur le sujet, le Haut conseil de la santé publique sans donner un blanc sein à l’e-cigarette propose que : « sans en faire la publicité – les professionnels de santé et les fumeurs sur le fait que la cigarette électronique est une aide à l’arrêt du tabac et un mode de réduction des risques du tabac en usage exclusif. »

Il est aussi étonnant de constater que les Britanniques par la voie de la NHS et du Collège royal de médecine de Londres sont beaucoup plus enclins à favoriser l’utilisation de l’e-cigarette que l’OMS qui opposait encore dernièrement un véto catégorique.

Deux écoles s’affrontent, celle du principe de précaution et celle de la limitation des risques.  Un grand nombre de consommateurs ont déjà décidé ; ils vapotent.

 

Les chiffres du vapotage 

Utilisateur sur plus d'un mois : autour de 3 millions de personnes soit 6% de la population des 15-75 ans

Utilisation :

Quotidienne 57,3 % (1,2 à 1,5 million de personnes

Hebdomadaire 30 %

Moins souvent 12,7 %

Baromètre Inpes 2014

Référence :

http://inpes.santepubliquefrance.fr/10000/themes/tabac/cigarette-electronique/questions-reponses.asp

Dynamique de la température dans un diffuseur de cigarette électronique : ça sent le roussi ! cigarette électronique RetD

Haut Conseil de la santé publique avis relatif aux bénéfices-risques de la cigarette électronique ou e-cigarette étendus en population générale 22 février 2016

Aude Lecrubier Première comparaison directe E-cigarette, substituts nicotiniques et tabac Medscape 14 février 2017

Vincent Bargoin Cigarette électronique : actualisation des données cliniques position française Medscape 16 février 2017

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