Propos sur la clause de conscience du pharmacien : clause de conscience ou pratique de l’interprofessionnalité ?

Propos sur la clause de conscience du pharmacien : clause de conscience ou pratique de l’interprofessionnalité ?

24 juillet 2016 - 18 h 39 min
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Il est utile de replacer le débat dans l’intérêt du patient et de ses proches sauf à croire que l’intérêt propre de certains de nos confrères dépasse celui de leurs clients.

Imaginons un instant la situation ouverte par la clause de conscience. Madame Martin s’adresse à la pharmacie avec une ordonnance pour un stupéfiant opiacé à forte dose. Son mari en phase terminale d’un cancer souhaite mourir chez lui entouré de ses proches. L’ordonnance de stupéfiant est accompagnée d’une autre ordonnance comportant des corticoïdes et un anxiolytique. Le prescripteur est le médecin généraliste.

Rappelons les recommandations de l’ANSM (2002) concernant les spécificités de l’utilisation des médicaments courants hors antalgiques dans le cadre des soins palliatifs, au chapitre de la morphine à usage non antalgique les experts considérés à l’époque que : “La relation dose-efficacité-tolérance est très variable d’un patient à l’autre. Il est donc important d’évaluer fréquemment l’efficacité et la tolérance de la morphine, et d’adapter la posologie progressivement en fonction des besoins du patient. Il n’y a pas de dose maximale tant que les effets indésirables peuvent être contrôlés.” Il est aussi nécessaire d’envisager que l’administration d’un morphinique est nécessaire à la gestion de la dyspnée ou de diarrhées par exemple. On voit ici que seule l’analyse de critères uniquement cliniques permet de déterminer la dose à prescrire et à administrer, et que cela ne peut donc relever que du médecin.

Une question se pose alors?; comment et sur quels critères un pharmacien peut il déterminer qu’une dose de morphinique est “susceptible d’attenter à la vie humaine”. Alors même qu’il n’existe pas de dose maximale a priori.

Est-il envisageable qu’un médecin laisse son patient et ses proches administrer un médicament dont il est quasiment certain qu’il va entraîner la mort??

Quels sont les travaux scientifiques qui permettent d’affirmer que les morphiniques sont “susceptibles d’attenter à la vie humaine”??

Madame Martin est venue en toute confiance chercher une ordonnance chez son pharmacien. Elle ne veut qu’une chose : c’est que son mari ne souffre pas et parte serein. Alors lui parler de clause de conscience et la faire attendre afin de trouver un confrère qui voudra bien prendre en charge … apparaît pour le moins du domaine de l’irréalisme.

La présidente de l’Ordre dans plusieurs de ses discours a affirmé à raison l’humanité nécessaire à la réalisation d’un acte pharmaceutique. La clause de conscience n’aurait elle pas été un moyen de se tromper de débat ?

Le domaine de la santé est de plus en plus complexe. L’accompagnement des personnes en fin de vie est un de ces sujets qui mérite au combien d’être pensé. De plus en plus de voix se lèvent pour combattre la vision en sillon de notre système de santé. L’avenir de nos professions de santé ne peut se considérer que dans un travail et un dialogue mutuel. Beaucoup de chemin reste à faire pour que l’inter professionnalité soit une réalité. Aujourd’hui ; qui peut penser encore qu’une personne seule aussi compétente soit elle peut décider des conditions de la fin de vie d’un patient. Le pharmacien ne doit pas s’exclure ou être exclu de cet enjeu de société. Il serait peut-être temps de fonder un Code de déontologie commun à l’ensemble des acteurs de soins.

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