Si nous jouions collectif ?

Si nous jouions collectif ?

4 mai 2020 - 11 h 19 min
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Si demain nous devons tous porter des masques dans l’espace public. Il est essentiel que chacun puisse y avoir accès. Nous ne pouvons pas piétiner pour des raisons économiques le droit de chacun à se déplacer librement. Nous ne pouvons pas accepter que celui qui ne peut pas acheter de masques soit mis en quarantaine forcée. Dans le cas contraire, serions-nous encore une démocratie ?

Croire qu’un outil est à lui seul la solution tient de la pensée magique. La valeur d’un outil est dans son utilisation. Les gants par exemple deviennent inutiles après un premier contact avec une surface souillée, car contrairement aux mains ils ne peuvent être lavés.

Le masque participe aux mesures barrières. Celles-ci doivent être rigoureusement appliquées pour être efficaces. Elles méritent d’être expliquées à tout un chacun. Se laver les mains parait un geste bénin et simple. Sa maîtrise comme geste barrière n’est pas pour autant évidente. Il en est de même pour le port du masque. Le porter convenablement n’est pas une partie de plaisir. La capacité respiratoire est entamée et la vie de relation réduite. Mettre son masque sous le nez pour mieux respirer est dès lors une tentation risquée. Le repositionner avec des mains souillées après l’avoir placé sous le menton est hautement déconseillé. Il est étonnant de constater une quasi-absence d’informations sur le bon usage des gels hydro alcooliques ou du lavage des mains. Bien porter, enlever et jeter un masque ne s’invente pas. Pour autant, les médias et les acteurs de soin s’en préoccupent peu voire pas du tout. Cette croyance qu’un geste simple est globalement intégré par l’ensemble de la population est dangereuse. Nous vivons plus dans une société du dire et de la complexité plutôt que du faire et de l’assurance de l’efficace. Nous croyons collectivement à l’innovation et dédaignons l’utile. La pénurie des masques en est un exemple frappant.

Le maître mot de ces temps difficiles est l’injonction contradictoire. Le port du masque deviendrait la règle alors que les professionnels de soins ont déjà peine à en trouver.

La pénurie mondiale de masques crée les conditions mêmes de son enracinement. Ce qui ne pouvait pas avoir de valeur devient une denrée rare que le monde s’arrache. Les régions, les départements, les villes ont en fait des commandes astronomiques. C’est aujourd’hui aux grandes surfaces de rentrer dans la boucle et aux pharmaciens de les suivre sur ce chemin. La polémique enfle et chacun montre d’un doigt vengeur l’autre. En oubliant peut-être dans son juste courroux l’objectif de santé publique qui devrait prévaloir à tous les débats. La mise à disposition d’un moyen de protection collectif et la pédagogie de son utilisation devraient être notre seul credo. Le port du masque est un acte citoyen, car il protège les autres. Collectif, il devient une protection pour tous. Nous devons tous jouer notre rôle. Nous avons tous notre responsabilité dans la constitution d’une barrière physique à la propagation du virus

L’ouverture à la vente des masques dans les commerces crée polémique. Alors qu’un accès facilité devrait réjouir tout le monde et rassurer la population. Au lieu d’envisager les compétences diverses des acteurs, chacun ressort les vieux démons d’une concurrence d’un autre temps. Les grandes surfaces ont démontré qu’ils avaient les réseaux, les techniques d’achats et une logistique la plus adaptée. En revanche ils leur manquent les compétences du conseil spécifique et personnalisé. Les pharmaciens ont tous les moyens de jouer ce rôle de conseil. Ils sont aussi en contact avec les personnes les plus fragiles. Il serait particulièrement grave que nous assistions de nouveau aux conséquences de la peur de manquer de certains au désavantage de ceux qui en ont le plus besoin. Il faudra certainement répéter que l’intérêt de tous tient en une répartition équitable des masques. Afin que nous nous protégions les uns les autres. Ne pourrait-on pas poursuivre ensemble cet objectif d’une protection collective optimale ?

Les soignants à l’hôpital comme en Ehpad ont démontré que rien n’est possible sans le collectif. Les cliniques ont joué leurs rôles en déchargeant les hôpitaux des malades non Covid 19. Le coût de ce transfert est loin d’être nul. La tension économique qui s’ensuivra mettra en péril plus d’un établissement. Le secteur marchand doit s’inspirer de cet exemple.

Découvrons ensemble des actions utiles. Permettons à un patient fragile de revoir en toute sécurité son médecin en lui donnant les masques nécessaires. Donnons à ceux qui ne peuvent se déplacer qu’en transport en commun la sérénité d’avoir à leur disposition le nombre nécessaire de masques. C’est ainsi que nous jouerons collectif.

N’imaginons pas que le lavage adéquat des mains est connu de tous. Délivrons des masques en expliquant le comment et le pourquoi de leur utilisation. Éduquons au port adéquat d’un masque et plus particulièrement à ses mésusages. C’est ainsi que nous jouerons collectif.

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