Chose entendue

Chose entendue

16 juillet 2017 - 9 h 54 min
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C’est l’histoire d’une patiente souffrant d’une polyarthrite rhumatoïde traitée depuis 1993 par méthotrexate puis anti TNF alpha qui revient d’un voyage à l’île Maurice et qui se sent mal après un exercice physique. Elle pense à un rhume et s’automédique comme elle peut. La température monte jusqu’à 40 ° et plus, et son état s’aggrave rapidement. Une voisine la visite et constatant qu’elle ne va réellement pas bien, l’emmène à l’hôpital. Elle y est immédiatement prise en charge et admise en soin intensif. Le diagnostic est une légionellose. Elle restera une semaine dans le service puis une autre semaine en service de médecine. Aujourd’hui, elle se porte bien, mais il s’en est fallu de peu pour que le pronostic vital soit engagé.

Bons et mauvais points

Cette histoire démontre la qualité de la prise en charge hospitalière, mais pose question : « comment cette patiente ne savait-elle pas que l’apparition de syndrome fébrile devait l’orienter dans les meilleurs délais vers un médecin ? »

Depuis 1993, aucun médecin ou pharmacien qu’elle avait eu l’occasion de visiter ne lui aurait signalé l’importance de ce signe d’appel.

Depuis 1993, aucun message sur l’augmentation du risque infectieux lié à son traitement ne lui aurait été dispensé lors de ses nombreuses et périodiques délivrances.

Elle affirme en toute bonne foi, que non ! Si cela est le cas, les conséquences de ce manquement à une information essentielle ont failli lui coûter la vie et cela sans compter les frais d’hospitalisation en soin intensif (plus de 3000 euros par jour).

Imaginons que le message ait bien été délivré. Il faut alors se poser la question de la vérification de la prise en compte par le patient de cette mise en garde, et de la nécessité de répéter le message autant de fois que nécessaire.

A-t-on oublié le risque infectieux ?

Beaucoup des nouveaux médicaments capables de traiter efficacement des pathologies inflammatoires ont pour effets secondaires d’être immunodépresseur et dès lors de favoriser l’aggravation d’un syndrome infectieux. L’efficacité des antibiotiques nous a fait perdre nos réflexes de prudences. La campagne anti vaccins n’est-elle pas la conséquence de cette croyance que nous avons vaincu irrévocablement les grandes maladies infectieuses qui ont ravagé des populations entières et que les mesures de prévention comme la vaccination sont contre « nature ».

Le sujet est éminemment complexe et la pondération des arguments est nécessaire tant nous vivons dans un maquis de messages contradictoires. Les progrès de l’hygiène de nos cités modernes ont été la conséquence de la prise de conscience du risque bactérien, mais ont aussi conduit à la volonté de « désinfecter » tout ce que nous touchons ou mangeons. La connaissance de l’incidence de nos microbiotes sur notre état de santé a fait apparaître la nécessité de la recréation d’une symbiose entre nous et la diversité bactérienne qui nous habite et, la nécessité de nous confronter à un environnement pluriel. Devant une telle complexité, il est peut-être temps d’infirmer que la vérité est dans le slogan et le standard et, d’affirmer qu’aucune solution simpliste n’est valable. C’est-à-dire d’appliquer le principe fondateur de la pensée scientifique qu’est la recherche de la preuve.

Pour conclure

La vigilance est un acte positif et ne doit en aucun cas être synonyme de paranoïa. L’une est altruiste, la seconde est égotiste. Le pharmacien a choisi une profession au service de la santé des patients. Il doit donc s’inquiéter des risques qu’il fait prendre, et savoir informer avec professionnalisme en vérifiant que son patient est bien au fait des actions à mener en cas d’apparition d’un trouble inhabituel. Dans le cas contraire, le pharmacien apparaît comme un simple exécutant sans valeur ajoutée ni compétence autre que celle de distribuer un médicament inscrit sur une ordonnance. La responsabilité tient en la capacité de gérer efficacement ses obligations sans les sous ou les sur évaluer.

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